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Témoignage J001

L’Abbé Pierre Ngoga leur disait de garder confiance en Dieu.

J’étais à Matyazo quand le Président Habyarimana est mort le 6 avril 1994. Les massacres ont commencé un peu plus tard dans la préfecture de Butare. Le préfet avait su calmer la situation.

Les tueurs sont venus de Kibeho et de Simbi. La ville de Butare a été embrasée à partir du 20 avril 1994. J’ai alors vu arriver les premiers réfugiés venus de Kibeho au dispensaire de Matyazo. Parmi eux, il y avait l’Abbé Pierre Ngoga ; il venait faire soigner les blessés. Par après, il est allé à la paroisse de Ngoma pour rejoindre ses confrères prêtres.

J’ai revu l’Abbé Ngoga à la paroisse de Ngoma le 22 avril 1994. J’ai vécu avec lui toute une semaine. Les tueries venaient de commencer chez nous. Les Interahamwe ont commencé par tuer les réfugiés venus de Kibeho. Nous étions plus de 250 réfugiés à la paroisse de Ngoma.

Les Interahamwe sont venus nous tuer le 30 avril 1994. Les prêtres se cachaient dans le plafond, sauf le plus vieux d’entre eux. Ils ont pris tous les réfugiés pour aller les tuer à quelques mètres de l’église, près du terrain de football.

J’ai réussi à m’évader et je suis allé me cacher chez un voisin, membre d’une église protestante. Il avait caché d’autres Tutsi, mais il avait posé des conditions : il nous avait dit que si les Interahamwe venaient demander s’il cachait des Tutsi, il allait l’avouer parce qu’il ne pouvait pas mentir.

Effectivement, quand les Interahamwe sont venus, il a avoué que des Tutsi se cachaient chez lui. Les Interahamwe sont entrés et ils ont pris les gens qui étaient là.

J’ai de nouveau réussi à me sauver. Je suis retourné à la paroisse de Ngoma. J’y ai retrouvé l’Abbé Pierre Ngoga. Nous avons vécu trois jours ensemble, avant que les militaires ne viennent l’arrêter.

Je ne savais plus compter les dates, mais je pense que c’était au mois de mai, lorsque les militaires sont venus le prendre. Ils l’ont trouvé au salon du presbytère. Il leur a demandé de lui accorder quelques minutes pour mettre ses chaussures. Les militaires ont accepté. Ils sont allés l’emprisonner à l’ESO (Ecole des Sous-Officiers).

Trois jours après, il a écrit une petite note aux prêtres de la paroisse de Ngoma. Je ne sais pas ce qu’il leur disait. Je crois que ces militaires l’ont tué quelques jours après. C’était vers la fin du mois de juin, car les Inkotanyi étaient aux portes de Butare.

Je n’ai pas entendu l’Abbé Ngoga raconter ce qui s’était passé à Kibeho. Mais chaque jour, il nous disait d’être patients et confiants dans le bon Dieu.

Les Inkotanyi sont arrivés à Butare au début du mois de juillet. Les militaires français de l’Opération turquoise venaient alors de nous évacuer à Gikongoro.

Je suis revenu à Butare deux semaines plus tard.

Témoignage recueilli à Butare le 7 janvier 1995,
Par Pacifique Kabalisa