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Témoignage J003

Parce que Mvuganyi avait des amis Tutsi, il a été jugé complice et a été assassiné.

Dans notre région, le génocide a commencé après l’assassinat de Habyarimana, le 6 avril 1994. C’est à ce moment-là que les militaires sont venus chez nous pour voir si mon père n’avait pas caché de Tutsi. Les voisins avaient accusé mon père Mvuganyi d’être complice des Tutsi.

Ils savaient très bien que mon père avait caché les Tutsi en 1992, quand deux familles s’étaient réfugiées chez nous. A ce moment-là, il y avait déjà des troubles ethniques. Les Hutu accusaient déjà les Tutsi d’être des complices du FPR-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi).

Comme en 1992, trois filles d’une famille d’amis Tutsi - leur père venait d’être assassiné - sont venues en 1994 chercher refuge chez nous. Nous leur donnions à manger le matin, le midi et le soir. Mais quand elles ont remarqué que les Interahamwe fouillaient partout, elles se sont décidées à aller chez leur grande sœur qui était mariée et qui vivait alors à Mugambazi. Elles ont été tuées à Kinzuzi, avant d’arriver chez leur sœur.

Quelques jours après, mon père et moi sommes allés rendre visite aux réfugiés Hutu qui venaient de la commune de Mugambazi et qui fuyaient l’avancée du FPR-Inkotanyi. Au retour, mon père a été arrêté par les militaires. Ils nous ont demandé d’exhiber nos pièces d’identité. Nous l’avons fait. Ils nous ont demandé de nous asseoir ; ils nous disaient que nous étions complices des Tutsi.

Ces militaires avaient un mouton. Ils ont demandé à mon père de le transporter ; il l’a fait parce qu’il n’avait pas le choix. En chemin, j’ai eu peur et j’ai fui. Un des militaires a couru derrière moi pour m’attraper. Il n’a pas pu m’attraper donc il est retourné avec les autres.

Quelques minutes plus tard, j’ai entendu un coup de feu. Quand je suis arrivé à la maison, j’ai raconté à ma mère ce qui nous était arrivé. Elle et quelques voisins sont allés chercher le corps de mon père et l’ont enterré.

Mon père était un ami des Tutsi. Quand il y avait des troubles ethniques, les Tutsi se réfugiaient toujours chez nous et nous les accueillions sans problème. Nous les aimions, ils nous aimaient et nous partagions le peu que nous avions. Les extrémistes Hutu haïssaient mon père pour cela.

Témoignage recueilli à Mbogo le 10 mars 1996,
Par Pacifique Kabalisa
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