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Témoignage J005

Puisque les militaires ne le connaissaient pas, les actes de résistance de Mvuganyi auraient été dénoncés par ses voisins Hutu

Mvuganyi a aidé les Tutsi bien avant le génocide de 1994. En 1992, ici à Mbogo, les Interahamwe ont commencé à tuer les Tutsi en mars de cette année-là. Les Interahamwe ont détruit notre maison. Toute ma famille s’est réfugiée chez Gabriel Mvunganyi. Il nous a bien accueillis. Quelques heures plus tard, un ami et son fils nous ont trouvés là-bas. Nous avons passé une nuit chez Mvunganyi. Le lendemain, il nous a accompagnés jusqu’à la grande route vers Kigali.

Mon père avait décidé d’aller à Kigali chez mon frère, qui était commerçant. Avant de nous séparer, Mvunganyi a donné 5.000 francs rwandais à mon père et lui a dit : « Prends cet argent, on ne sait jamais ; si les enfants manquent de nourriture, tu pourras acheter quelque chose pour eux. Si la situation se normalise, nous nous reverrons ».

Nous sommes arrivés à Kigali chez mon frère. Nous y avons passé quelques mois avant de retourner à Mbogo.

Après l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana en avril 1994, presque toute ma famille a été décimée. Deux de mes sœurs qui avaient survécu au premier massacre se sont réfugiées chez Mvunganyi. Elles y ont passé quelques jours.

Chaque nuit, les Interahamwe venaient fouiller. Mes sœurs ont décidé de se réfugier à Mugambazi chez notre grande sœur, qui était mariée à un Hutu. Elles ont été tuées à Kinzuzi, avant d’arriver à Mugambazi.

Après l’assassinat de mes deux sœurs, Mvunganyi est allé rendre visite à sa fille qui était mariée et habitait à Nyabuko. Au retour, il s’est fait arrêter par les militaires qui étaient dans un cabaret dans la cellule de Sakara. Ils lui ont demandé d’exhiber sa carte d’identité. Il l’a fait. Ils lui ont, par la suite, intimé l’ordre de s’asseoir par terre. Ils disaient alors qu’ils venaient d’attraper un complice du FPR-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) et des Tutsi. Mvunganyi était avec sa fille.

Les militaires ont abattu un mouton et ont demandé à Mvunganyi de le transporter jusqu’à leur position à Remera. En chemin, ils ont vu un champ de manioc. Ils sont allés chercher une houe et ont demandé à Mvunganyi de récolter le manioc pour les autres militaires qui étaient à Remera. Sa fille a eu peur et s’est enfuie. Elle m’a dit qu’elle avait alors entendu des coups de feu. Alors qu’elle arrivait à la maison, les militaires venaient de tuer son père. Les membres de sa famille sont allés prendre son cadavre pour l’enterrer.

Mvunganyi est le seul Hutu qui a été tué pour avoir caché des Tutsi. Sa famille est restée proche des Tutsi. Même après le génocide, j’ai passé quelques jours chez lui. Sa femme m’a bien accueillie. Elle m’a même dit que son mari avait été tué parce qu’il était proche des Tutsi.

Pour la famille de Mvunganyi, c’est le propriétaire du cabaret – évoqué précédemment – qui a organisé ce complot. Les militaires ne connaissaient pas Mvunganyi. Ce dernier s’entendait bien avec les Tutsi. A chaque soulèvement, les Tutsi se réfugiaient chez lui. La commune de Mbogo a été reconnaissante et a donné une vache à sa famille après le génocide.

Témoignage recueilli à Mbogo le 9 août 1997,
Par Pacifique Kabalisa
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