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Témoignage J010

Après le génocide, bien que ses fils aient été tués par le FPR-Inkotanyi, Thérèse est restée humble et accueillante.

Je connais Inkotanyi, Thérèse depuis 1989, lorsque nous sommes venus nous établir à Muhima. Auparavant, mes parents habitaient à Nyamirambo.
Thérèse était une personne ordinaire. Je me souviens qu’elle était une amie de ma grand-mère et de mon père. Tout le monde la connaissait dans le quartier. Elle était aussi sage-femme.

J’ai appris la mort de Habyarimana le 7 avril à 6 heures du matin. Les maisons des voisins ont commencé à fumer. Je suis sortie pour aller voir ce qui se passait. Je suis tombée sur une barrière sur la route. Je suis retournée chez moi.
Aussitôt, j’ai dit à ma petite sœur, à mon frère et à mon cousin de quitter la maison.

Nous sommes allés chercher refuge chez les voisins. Ces derniers nous ont chassés. Nous sommes allés chez un adjudant des FAR (Forces Armées Rwandaise). Sa femme était Tutsi. Il a accepté de nous cacher. Il a même cherché des militaires pour nous garder. Nous sommes restés là jusqu’au 25 avril.

D’autres Tutsi nous ont rejoints là-bas. Toute une famille était là, les parents et les sept enfants. L’adjudant nous a bien cachés. Il nous nourrissait.
Mais vers le 25 avril, les Interahamwe ont su que nous nous cachions là-bas. Ils sont venus pour nous tuer. Ils m’ont vue la première. Quand ils s’apprêtaient à m’achever, l’un des hommes qui se cachait avec nous, est sorti. Ils l’ont pris et sont allés le tuer à la barrière.

Quand l’adjudant est revenu, il était furieux. Il aimait beaucoup cet homme. Il a décidé de nous chasser. Nous l’avons supplié. Il a refusé. En plus, les militaires du FPR-Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais-Inkotanyi) venaient de tirer sur lui. Mais il a pris deux enfants de la famille. Les autres sont allés se cacher chez Thérèse Nyirabayovu.

Parmi ceux qui sont allés chez Thérèse, il y avait son fils, ses quatre sœurs, ainsi que sa mère. Quelques instants après, les miliciens ont dit à la mère de rentrer à la maison. Ils pensaient même que son fils avait été tué. Ils ne savaient pas qu’il était chez Thérèse.
La femme est allée à la maison avec ses filles. Le fils est resté chez Thérèse. Elle avait caché un autre Tutsi qui était arrivé chez elle le 7 avril 1994. La vieille l’a caché dans les briques et c’est dans ces briques qu’elle a aussi caché le garçon.

Cette vieille femme s’est beaucoup dépensée pour les deux garçons. Elle les nourrissait et a tout fait pour eux jusqu’à la fin du génocide.
Mon frère est resté chez Thérèse jusqu’à la fin du génocide. Quant au fils de la famille Tutsi, il l’a quittée un peu plus tôt, vers la mi-juin.

Les jeunes gens qui étaient à la barrière l’ont aidé à partir. Ils sont allés à Gisozi où le FPR-Inkotanyi venait de prendre position. Mon frère est resté là-bas jusqu’à la chute de Kigali.

Les miliciens ne savaient pas que mon frère se cachait chez Thérèse. Ses enfants ne l’ont pas dénoncé. A la fin du génocide, j’ai parlé avec mon frère. Il était reconnaissant. Il est entré dans l’armée après la guerre. Malheureusement, il est mort quelques mois après.

Thérèse n’a pas changé, même après le génocide. Elle est restée égale à elle-même. Elle reste toujours généreuse et accueillante, bien que ses deux fils aient été tués par le FPR-Inkotanyi.

Témoignage recueilli à Muhima le 7 novembre 1995,
Par Pacifique Kabalisa.