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Les Justes

Nombre de témoignages des rescapés du génocide des Tutsi et des massacres des Hutu modérés expliquent l’héroïsme des personnes qui ont fait de leur mieux pour les protéger au risque de perdre leur propre vie. Quelques-unes parmi elles ont effectivement été tuées, mais elles demeurent présentes et vivantes à travers les témoignages des personnes qu’elles ont sauvées.

Le 6 avril 1994, le Président du Rwanda Juvénal Habyarimana trouve la mort lorsque son avion est abattu à Kigali, vers 20 heures. La même nuit, la garde présidentielle débute les massacres visant l’extermination systématique de tous les Tutsi résidents au Rwanda, qualifiés indistinctement de complices du FPR-Inkotanyi, ainsi que les opposants politiques Hutu très en vue, et d’autres personnes ayant publiquement manifesté leur désaccord politique au régime, y compris des journalistes et des membres des organisations de défense des droits de la personne humaine.

Ces massacres ont été commandités par une clique d’extrémistes Hutu, composée essentiellement de militaires, mais aussi de responsables de l’administration civile et de la milice Interahamwe créée par le parti du Président Habyarimana, le Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement (MRNDD).

Le 9 avril 1994, un Gouvernement intérimaire composé de Hutu extrémistes est installé et supervise le déroulement du génocide, nombre de ses ministres assumant un rôle de premier plan.

Par le biais de la radio et de la presse sous son contrôle, ce Gouvernement parvient à créer une machine propagandiste pour attiser la haine contre la communauté des Tutsi et à mobiliser les Hutu à son encontre. Se servant des rancœurs économiques et des injustices historiques, il qualifie le FPR-Inkotanyi et par association, tous les Tutsi, d’ennemis du peuple Hutu.

Le pays est alors plongé, depuis près de quatre ans, dans une guerre civile déclenchée par le FPR-Inkotanyi le 1er octobre 1990. Au cours de cette guerre fratricide, les différents belligérants ont commis des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire, et le génocide des Tutsi a pu être ainsi dépeint comme une réaction spontanée d’autodéfense des Hutu après l’assassinat de leur Président par le FPR-Inkotanyi et ses complices.

Dès les premières heures de la journée du 7 avril 1994, aux quatre coins du pays, les Tutsi commencent à réaliser l’ampleur du danger qui pèse sur leur vie et nombre d’entre eux abandonnent leurs domiciles et leurs biens pour tenter de trouver refuge ailleurs. Ils prennent le chemin de l’exode vers les églises, les hôpitaux, les écoles, les stades, les bureaux communaux, les sommets des collines et des montagnes escarpées, etc.

Dans certaines régions, les massacres commencent aussitôt. Dans d’autres, les miliciens ont attendu que les personnes visées se rassemblent en grand nombre dans de prétendus lieux de refuge. Ainsi, le mois d’avril 1994 connaît une opération massive et soudaine d’extermination des centaines de milliers de Tutsi dans tout le pays.

Les trois mois qui ont suivi l’attentat contre le Président Habyarimana en date du 6 avril 1994 constituent incontestablement la période la plus sombre de l’histoire du Rwanda. Des autorités politiques et militaires, qui étaient jusque-là censées protéger la population et rétablir la paix et l’ordre sur toute l’étendue du pays, s’impliquent directement dans le génocide des Tutsi et le massacre des Hutu démocrates et pacifistes. Leurs agissements poussent des centaines de milliers de citoyens ordinaires, qui n’étaient pas directement visés, à suivre leur exemple.

Toutefois, l’on constate durant ces événements dramatiques, des cas isolés témoignant de l’humanisme, de la bravoure, du courage et de l’abnégation de quelques hommes et femmes, rwandais et étrangers, qui ont sauvé des vies menacées au péril de leur propre vie.

Ces braves gens étaient souvent des personnes sans ressources ni véritable influence sur le reste de la société. Leurs actions n’ont malheureusement pas pu altérer les massacres mais méritent une place importante dans l’histoire, afin de démontrer qu’il subsiste toujours un brin d’Humanité même dans la plus barbare des situations.

Alors que la propagande de la haine ethnique et de l’incitation au massacre bat son plein et remplace la moralité et le discernement par une violence indicible, certains hommes et femmes posent alors des actes d’une très grande humanité envers les personnes visées par le génocide.

Ils se refusent à céder à la pression des autorités dans une société dont les membres sont réputés pour leur obéissance et leur soumission à l’autorité. Ils apportent leur assistance dans des circonstances où les personnes recherchées sont impuissantes et menacées de mort.

Ils sont conscients qu’en intervenant, ils risquent leur vie, leur sécurité ou leur liberté personnelle. De surcroît, ils ne recherchent aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l’assistance apportée aux personnes visées.

Ce sont ces témoignages qui sont présentés ici. L’on peut y découvrir les histoires de courageux défenseurs naturels des droits humains que l’Humanité entière devrait connaître et remercier pour leur décence et bravoure exceptionnelles.

Les personnes qu’ils ont sauvées étaient leurs amis ou connaissances, leurs voisins ou de simples inconnus.

Malgré la montée de l’extrémisme et des crises politiques accompagnées de massacres qui caractérisent la période de l’avant-génocide dans certaines régions du pays et qui faisaient craindre le pire en cas d’échec du processus de paix, rares sont les personnes qui ont pensé un seul instant que l’assassinat du Président Habyarimana déclencherait le génocide des Tutsi et le massacre des opposants Hutu.

Beaucoup en ont pris connaissance lorsqu’ils ont découvert que les membres du Gouvernement intérimaire se livraient à la conspiration du génocide, que les forces de l’ordre violaient délibérément la loi et que les membres de l’administration publique organisaient et supervisaient les tueries.

Paradoxalement, certains Tutsi et Hutu visés ont été sauvés par leurs amis dans l’armée, dans la gendarmerie, dans la garde présidentielle et même, parmi les miliciens Interahamwe, par des gens ordinaires qui avaient rejoint les miliciens pour sauver leur propre vie. En effet, nous savons qu’un grand nombre de tueurs ont aussi sauvé l’un ou l’autre Tutsi ou Hutu, notamment leurs amis ; mais ces tueurs n’en deviennent pas pour autant des "justes".

En ce qui concerne ces témoignages sur les Justes, nous n’avons retenu que les témoignages à propos de personnes dont nous savons, à travers les résultats de nos recherches, qu’elles ont eu une action cohérente tout au long du génocide pour faire ce qui était en leur pouvoir pour sauver des personnes et limiter les massacres.

Les témoignages suivants, regroupés sous le thème « Les Justes », montrent les différentes stratégies adoptées par certaines personnes, rwandaises et étrangères, Hutu mais aussi Tutsi, hommes et femmes, dans l’intention de sauver des personnes qui étaient pourchassées, au péril de leur propre vie.

Ces témoignages rendent hommage à ces Hutu démocrates et pacifistes qui ont résisté, à ces prêtres et à ces religieuses Hutu ou Tutsi qui auraient pu fuir mais qui ont décidé de rester pour ne pas abandonner et exposer leurs paroissiens, à ces hommes et à ces femmes dont les actions relèvent d’une humanité sublime.

Dans la plupart de ces témoignages, les rescapés et témoins, gardiens de la mémoire, relèvent le fait que le génocide et les massacres perpétrés au Rwanda en 1994 n’auraient pas pu avoir la même ampleur si d’autres personnes s’étaient comportées comme ceux-là.

Leurs actes prouvent qu’il était possible d’apporter une aide. Ainsi, l’argument selon lequel la propagande des forces génocides paralysait les initiatives contraires à la politique d’extermination systématique des Tutsi est démenti par les actes de ces personnes de tous les milieux.

Leurs actes indiquent que sous la chape de haine et de la nuit tombée sur les collines du Rwanda en avril 1994, des étoiles, par dizaines, par centaines ou par milliers ont refusé de s’éteindre. Nommés Justes ou restés anonymes, des hommes et des femmes, de toutes origines et de toutes conditions, ont pu sauver des Tutsi et des Hutu qui étaient visés par l’extermination. Bravant les risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs familles, ils ont incarné l’humanité et ses valeurs de justice et de tolérance.

Le Centre pour la Prévention des Crimes contre l’Humanité (CPCH) leur rend hommage où qu’ils soient, afin que leur courage et leur héroïsme soient universellement connus et reconnus et servent d’exemple pour les générations futures, et que leurs noms demeurent à jamais gravés dans l’histoire de l’Humanité.

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